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dDamage : en sons et en mots !
- Un mix des dDamage chez Mary Anne Hobbs :
- Interview parue dans le Magasine Tsugi en Mars 2009, réalisée par Jon Sebaoun
1- Bon alors les gars, une première question nous vient tout logiquement, mais pourquoi tant de haine ?
Jb : Parce qu'il faut pas prendre au sérieux tous ces nouveaux disques avec des couleurs flashy qui sonnent tous pareil et qu'on aura oublié dans 3 ans. Parce qu'on voulait une tête de mort genre Motorhead sur notre pochette. Parce que la haine est partout mais que les disques d'electro de ces dernières années nous bassinent avec leur image de bisounours fluo dégueulasses qui commence à faire chier tout le monde. Et qu'au final ces gens qui veulent nous vendre un message d'amour ultra marqueté vide de sincérité sont remplis de haine, d'esprit de compétition, de problèmes d'ego surdimensonnés. Nous on arrive avec un disque haineux et c'est le seul moyen aujourd'hui qu'on a trouvé de se démarquer pour prouver qu'on est des types biens, qui font de la musique avec le coeur. Je vomis sur la scène électro française dans son intégralité, mais d'une manière plus globale sur la scène électro mondiale. Je hais tous ces gens, je hais la presse, ton magazine mais aussi tous les autres qui véhiculent strictement la même superficialité. Je supporte pas les gens qui viennent me complimenter sur ma musique parce que je sais qu'ils sont habités par des intérêts profiteurs merdeux et malhonnêtes qu'on retrouve dans toute l'industrie du spectacle. A coté de ça si tu veux boire des bières et parler foot on passera un bon moment. Mais j'aime pas le foot. Voilà, si tu voulais de la haine, c'est fait, passons à autre chose.
Fred : Moi j'aime bien le foot par contre et je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, donc on a aussi notre propre haine à gérer entre nous, ce qui fait qu'il est difficile de donner de l'amour aux gens. Quant tu vois que tu as du mal à vraiment aimer ton ami ou ta famille, il est difficile d'aimer la société du spectacle, qui est une sorte de grosse famille de consanguins qui lèchent des boules de patates à longueur de journée. La haine est présente d'entrée de jeu avec le titre de ce disque "100% Hate", c'est un des ingrédients qui fait la spécialité de notre duo dDamage. Sans haine il ne peut pas y avoir d'amour, et vice-versa, tout le monde connaît la chanson.
2- On peut dire que vous aimez balayer les genres, comment situez-vous ce nouvel album, dans quel genre le définiriez vous ?
Jb : Il s'agit d'une commande de la part de Tigerbass, subdivision dancefloor de chez Tigerbeat6. Ils nous ont demandé un 4 titres binaire. On a tout fait pour respecter la demande car on aime beaucoup les exercices de style, on adore le label, mais d'un autre coté il était intéressant de chercher à se démarquer de tous les trucs dance du moment auxquels on ne veut strictement pas être rattachés. Donc on est retourné à nos premiers amours binaires comme la newbeat, l'acid ténébreuse ou la musique industrielle du type Revolting Cocks dont le disque fait une référence sur le dernier morceau.
Fred : Ce disque est une commande de Kid 606, qui continue à sortir des disques sur des catalogues assez prestigieux, des gens comme Dat Politics, Mochipet, Curses!, Knifehandchop, Eats Tapes, Kid 606, etc… On a toujours des projets en cours et des morceaux sur lesquels on bosse. La proposition de faire un maxi axé dancefloor nous a plu, on a cassé un peu le délire binaire sur certains morceaux, tout en essayant de brasser des mélodies accrocheuses, ce disque est plus minimaliste que nos précédents à mes yeux, plus rentre dedans mais avec des coussinets d'infrabasses et de synthés pour que tes oreilles s'élargissent. C'est comme un scud enfermé dans un pot géant de miel blanc, et tu vois un énorme gars qui arrive, qui lance le pot en l'air pour qu'il explose en vol.
3- Le son, c'est une affaire de famille pour vous, qui fait quoi ? Comment vous organisez vous ?
Jb : Mon frère programme beaucoup sur machines (ordinateur Atari, Akai S20, etc…) et fait pas mal de samples. En ce qui me concerne, je joue tous les instruments et repasse sur le travail de mon frère avec une oreille plus technique. On fait beaucoup d'échanges de sons, mes parties d'instruments jouées sont systématiquement retravaillées par mon frère qui les transforme à coup de plug ou de séquençage frénétique. En général, il commence les morceaux et je les termine. En ce qui concerne la famille, on travaille de plus en plus avec notre petite sœur (Milky-Mee qui va bientôt sortir son deuxième album) ou notre petit frère qui est guitariste et vidéaste et officie sous le nom de Without Faces.
Fred : Il réalise actuellement notre prochaine vidéo.
Jb : On a aussi un frère handicapé unijambiste qui est enfermé dans le grenier parce qu'on a honte de le montrer aux gens, on le nourrit uniquement de têtes de poisson crues. On lui amène un sot (seau) rempli à ras bord de têtes de poisson pour la semaine et on lui donne rien d'autre à manger. En fait c'est lui qui a fait tout le disque à notre place, on a pris les morceaux et ont les a sortis sous le nom dDamage. Il arrêtais pas de nous dire " mais je peux avoir autre chose à manger s'il vous plait " pendant l'enregistrement du disque, alors nous on lui répondait "tu finis le disque et si il est bien on te donnera autre chose à manger". Ça l'a motivé à mort c'est pour ça que le disque est aussi bon.
Fred : Pour le remercier, une fois le disque terminé, on lui a donné le double de têtes de poisson. Il étais déçu mais il a quand même tout mangé.
4- Ce maxi a un caractère ultra festif, c'est votre volonté première d'agiter les dance floors ?
Jb : Le festif c'est de la chiotte. En même temps on a tous besoin de chiottes, on peut pas vivre sans… Sauf peut être dans certaines contrées où les gens chient dans la forêt, ou dans certains métropoles d'Inde où on chie dans la rue. Le festif ! J'avais oublié ce mot, je trouve ça horrible ça me rappelle des trucs comme Zebda ou Marcel et son Orchestre. Il y a rien de festif dans notre disque. C'est du nihilisme pervers assumé avec un humour calqué sur le "Beers, Steers and Queers " des Revolting Cocks qui est un chef d'œuvre absolu à mes yeux.
Fred : Ce disque n'est pas festif, il est plutôt destiné à tirer dans les fesses des gens qui dansent. A leur foutre des pics dans le cul si haut qu'ils écoutent les synthés en croyant que leur exta est en train de remonter. C'est acidulé et acidifié tout en étant sombrement culotté le travail qu'on livre. C'est du coulis de fête foraine que tu veux ? ON FAIT PAS CA NOUS.
5-Un message à faire passer, un coup de coeur, un coup de gueule ?
Jb : Un coup de gueule ? Du genre t'aimes tellement le disque que tu veux que je te donne un coup de gueule dans la tronche ? Merde, tu nous prends trop au sérieux mon grand.
dDamage @ Piknic Electronik le dimanche 25 juillet, w/ Nôze, Claire, Zombie Disco Squad. En partenariat avec le MEG.


